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Ce documentaire, en forme de coup de poing, a été présenté en ouverture de la 18e édition du Festival international de films de Fribourg. La caméra de Fernando Solanas ne se contente pas d’y raconter la misère humaine. Elle décrypte les mécanismes économiques et politiques des «années Menem» du nom du président qui a gouverné entre 1989 et 1999. Un règne néolibéral qui a conduit à la privatisation des plus grandes entreprises du pays, à la révolte populaire de décembre 2001 et à la chute d’un autre président, Fernando de la Rua. «L’Argentine a été pillée, déclare
le réalisateur dans l’une des interviews accordées
à la presse. Au nom de la mondialisation et du libre-échange,
les recettes socio-économiques des organisations financières
internationales ont abouti à un génocide social.» «Agua de fuego» relate la réalité quotidienne des habitants de Cutral-Cò. Une petite ville du fond de la Patagonie qui vivait de l’exploitation pétrolière jusqu’à la privatisation et la fermeture des plus grands gisements du pays. C’est dans ces terres les plus reculées de l’Argentine que sont nés les «piqueteros», ces chômeurs organisés en syndicats de fortune qui, quasi quotidiennement encore, bloquent les routes du pays pour faire entendre leur voix. Le documentaire dit l’humiliation quotidienne d’une population dont la survie dépend désormais de la manne parcimonieusement distribuée par le biais des «plans de travail». Des sortes de plans d’occupation mis sur pied sous la pression populaire et qui permettent à certains, et notamment à ceux qui montrent patte blanche, de gagner quelques pesos par mois. Sans cesse, la caméra filme des files d’hommes et de femmes qui attendent soit la distribution d’un travail, soit les paiements qui n’arrivent pas. «Il a fallu des mois de lutte et des morts pour obtenir ces
aides de l’Etat, rappelle Sandra Godoy, co-réalisatrice
de "Agua de fuego". Aujourd’hui, le système
est lui aussi gangrené par la corruption et utilisé
comme un outil de pression. Mais la population n’a pas le choix.» «Il n’y a plus de place pour la peur en Argentine, commente Claudio Remedi, co-réalisateur de "Después de la siesta". Le pays s’est découvert une nouvelle force. Il n’a d’ailleurs plus rien à perdre.» Les nouveaux documentaires argentins sont à l’image de ce peuple qui crie sa révolte et son désespoir. Les jeunes réalisateurs sont fascinés par la puissance de cette marée humaine qui, spontanément, déferle sur les places et les rues du pays pour défendre ses droits. Réalisé dans l’urgence, caméra au poing, sans fioriture, mais avec émotion et poésie, ce cinéma brut se veut tout à la fois témoin et moteur de l’histoire. «Nos films sont un hommage au peuple argentin et une arme de lutte», lance Sandra Godoy, co-réalisatrice de «Agua de fuego». A l’instar du peuple dont il retrace l’épopée, ce cinéma, lui aussi, descend dans les rues. Il est projeté dans les assemblées populaires, dans les villages de «piqueteros», là où l’Argentine continue de se battre. Pour la plupart, les films sont le fruit de co-réalisations.
«Notre démarche reflète le processus social en
cours, souligne Claudio Remedi. Nous unissons nos forces et notre
réflexion pour rendre compte de la réalité et
tenter d’élaborer des solutions.» Solidarité, maître-mot dans un univers qui n’a plus grand chose à partager. «L’effondrement économique de l’Argentine ne nous a laissé que deux options: le cannibalisme ou la solidarité», dit en substance l’un des protagoniste de «Después de la siesta». «Nous avons choisi la solidarité». L’enthousiasme n’exclut pas pour autant la lucidité. «La lutte a permis aux gens de récupérer leur dignité, mais elle ne leur a pas donné à manger» déclare un autre personnage du documentaire. Une phrase qui résonne comme un aveu d’impuissance. «Les mobilisations continuent, constate pour sa part Claudio Remedi. «Mais les mouvements populaires ne sont pas parvenus à coordonner leurs actions. Alors que de son côté, le gouvernement, lui, reconstruit ses outils de contrôle et de pression», conclut-il.
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